Bien-être psychologique

Psycho : Mais pleure, Madeleine…

23 mars 2016

Oignons

….tu pisseras moins! Puis-je me permettre une vérité implacable? Ça va pas vous plaire du tout.

Mais quand vous pleurez, ça saoule tout le monde.

Et c’est de votre stricte faute.

Dressons un constat simple et sans appel : les pleurs font fuir. Même les personnes, qui en ont fait un métier – psy, assistanat, obsèques – préfèrent que vous arriviez avec le sourire. Bon, aujourd’hui, on ne rentrera pas dans l’ignominie du bonheur feint. Même si c’est un fait : les gens heureux, on peut pas les saquer non plus. Dans cette société, il est de mise de faire la tronche.

Mais de là, à chialer ?

Non, mais vous ne vous rendez pas compte ou quoi? On se lève le matin. Et c’est déjà un exploit. On tente d’être à l’heure, on se tape un boulot chiant. Surtout ne pas penser à la mort. Surtout ne pas réfléchir à la Planète qui sèche. Et là, devant vous, on vient vous flinguer ……. avec des pleurs?! Non, mais on va où? Un peu d’tenue!  Y’a plus d’limites ou quoi ? C’est juste insoutenable.

Madelein, qui pleure

Les pleurs paralysent.

Les pleurs pétrifient.

Les pleurs interloquent.

Les pleurs coupent la parole.

Les pleurs empêchent de manger.

Les pleurs bloquent toute vie sexuelle.

Les pleurs ……………. c’est la fin. #mercipourlambiance 

Et pourtant, je vais vous inciter à deux choses, dans les lignes, qui suivent : les laisser venir et ne plus en avoir honte.

Oignons

Peut-on m’expliquer pourquoi passer l’âge de la couche culotte, on commence à nous faire comprendre qu’il ne faut plus pleurer? Pleurer, c’est pas bien. C’est l’apanage du caprice et de l’enfantillage. C’est revivre les premiers pleurs angoissants de l’enfant, qui ne parle pas. On imagine les pires scénarios. Maintenant qu’il peut parler, y’a plus besoin qu’il chouine.

Ensuite, on peut trouver un peu d’indulgence jusqu’à pré-ado. Mais après, ça commence à bien faire ce « retard de maturité ». Plus tard, pour la femme, on va attribuer cela à des tentatives de manipulation psychologique, ou à un terrain dépressif chronique. Ben oui, de toute façon, ça ne peut être que ça : un truc hormonal de femelle. Quant à l’homme, n’en parlons pas. C’est même pas la peine d’y compter. Masculinité à sec. Sens des responsabilités anéanti. Crédit nul. Pleurs et Pénis = Antinomie.

Jusque là, personne ne me contredira. Y’a des exceptions, certes. Mais ça confirme cette règle implacable : Pour beaucoup, pleurer, c’est être faible. Donc, à partir de ce moment-là, comment voulez-vous le vivre à bon escient, quand cela vous arrive ?

Et bien, moi je vous le dis et vous le redis, vous avez le droit de pleurer et je vais vous y pousser.

Alors, il y aura ceux qui vont serrer les poings pour qu’aucune larme ne coule, quitte à passer par toutes les couleurs. « T’es fluo, là, t’as les oreilles qui chauffent ? C’est normal ? ». Ceux qui vont craquer et culpabiliser ensuite = double effets négatifs. Je pleure parce que je suis mal et je culpabilise d’avoir été faible. Donc je pleure à nouveau par dépit. Cercle vicieux. Je sais, je l’ai fait.

Mais pourquoi peu de monde accepte ça?

Lorsque vous êtes en présence des pleurs, c’est votre propre ego qui est piqué. Enfin, ce sont vos propres faiblesses qui en prennent un coup. Vous faites l’éponge. C’est l’histoire du départ. Celle où je vous dis qu’il est déjà suffisamment dur de survivre dans ce monde de brutes. Supporter la détresse de façon aussi visible, ça vous bouleverse trop.

« Non, mais ça va pô bien ! »

C’est horrible. C’est insupportable. C’est trop dur.

Oignons

Si vous arrêtiez de penser que c’est mal de pleurer?

Si vous arrêtiez de dire cette phrase assassine « Pleure pas » quand quelqu’un le fait devant vous? Si vous arrêtiez de juger les pleurs quand il vous semble excessif? Peut-être que lorsque c’est votre tour, vous ne vous sentiriez pas si mal avec ça?

Je vais un peu vite, c’est un fait. Il est probable que vous ne soyez pas dans ce schéma de considérations des pleurs, mais que vous évoluiez dans cette société occidentale qui interprète les pleurs comme un acte de désaveu. Alors évidemment, je comprends que ce soit difficile. Moi-même, je suis comme vous. Quand je m’effondre, je fuis le regard des autres.

En revanche, il faut savoir que physiologiquement pleurer est un réflexe.

Situation 1 : L’ascenseur se bloque, au 5ème étage. La lumière s’éteint. Votre peur va générer une émotion. Et cette émotion va engendrer des réactions réflexes diverses. Certains vont se mettre à trembler réellement de peur et se ronger les ongles. D’autres vont se mettre en colère et en vouloir à la terre entière du temps qu’ils perdent, en jurant contre le sort. Achrgneuh! D’aucuns se mettront à causer, saisis par une angoisse terrible, en déversant des tonnes de mots. Et puis, il y en a qui vont pleurer. La peur accompagnée par le dépit et l’impuissance vont les amener à pleurer. . C’est tout bête.

Situation 2 : Je me découpe la main, violemment, en tranchant des oignons. Saisie par cette horrible sensation, je hurle de douleurs ou……………… je pleure de douleurs. Parfois les deux.

Il n’y a aucune école du plus ou du moins. Il n’y a que des gens avec des sensations et des réponses directes à ces sensations. Pourquoi l’un va laisser échapper une larme et l’autre un cri ou une gifle? Personne ne le sait. Des armadas de scientifiques se sont posés la question, mais personne n’est capable d’y trouver un réel diagnostic implacable.

Oignons

Et c’est tant mieux. Imaginez un monde où on devrait tous réagir de la même façon. Si tout le monde devait s’effondrer face à un drame. Et si chacun devait se montrer rigide devant ce même drame. On ferait comment? C’est plutôt sympa toute cette pluralité de caractères, non? Maintenant que vous avez compris cette donnée physiologique, attaquons-nous à la signification.

J’ai remarqué une chose quand j’ai fait de l’analyse. Mon psy n’a jamais stigmatisé mes pleurs comme des manifestations d’une faiblesse quelconque. On pleure parce qu’on est face à quelque chose, qui nous turlupine. On a un problème. Il y a des pleurs tolérables pour la norme : mariages, naissances ou décès. Là, c’est bon, vannes ouvertes, on a le droit. Cependant, pour les pleurs estimés sans raisons valables, c’est qu’ils sont justement sans raison valable apparente « commune ».

Ce qui vous fait pleurer, ne fait pas pleurer l’autre, et inversement.

Dans la mesure où vous n’avez pas la notice, nul besoin de considérer les émotions d’autrui qui vous dépassent par du dédain, de la méchanceté, de la bêtise et de la morale. Et ceux qui le feraient à votre égard, je vous propose de vous en détourner. Souvenez-vous de cet accord toltèque : vous êtes le miroir de l’autre. Tant qu’il n’aura pas décidé de laisser tomber son jugement sur les pleurs comme une connaissance absolue, sa réaction sera forcément inappropriée. Quant à ceux qui ignorent la détresse, je vous en prie, fuyez-les.

Pour la stupéfaction, c’est pas mieux .Vous vous souvenez de cette image d’un policier, en larmes, dans les bras d’un collègue, suite aux attentas du 13 novembre 2015, à Paris. Ça a fait l’objet d’une minute aux 20 heures. « OMG, un policier peut pleurer!? » Un homme. Un policier de surcroît. Il pleure comme un enfant. #WTF! Vous imaginez à quel point on arrive à catégoriser les choses, au point qu’on puisse tomber des nues sur une situation aussi normale?

Laisser-vous faire.

Je vous propose un jeu très simple de questions-réponses.

Pour les uns, qui ne pleurent pas souvent : quand avez-vous pleuré pour la dernière fois? Un bail ?

Pour les autres : Souvenez-vous d’un moment, où vous avez pleuré sereinement, sans craindre le jugement d’autrui. Ou sans vous excuser ensuite (D’ailleurs ça, c’est pire que tout : s’excuser d’avoir une émotion….) Difficile aussi ce jeu, non ?

Avez-vous déjà considéré, que les pleurs sont salvateurs? Les pleurs ont cette vertu d’un vrai nettoyage de l’intérieur. Il projette ce qui est dedans. Cela permet tout simplement de faire sortir un trop plein émotionnel. Lorsque nous ressentons une émotion négative, la respiration s’accélère. Sauf que son amplitude se réduit aussi. Tôt ou tard, votre diaphragme va se raidir et ne plus pouvoir bouger à son aise. Pourtant il aide au bon fonctionnement de votre organisme. Il est innervé dans le dos. S’il se fige, le dos se fige avec. La respiration est mauvaise. On devient douloureux. On a des palpitations. Lorsque l’on respire, sa mobilité génère du mouvement à l’intérieur du corps. Mais s’il se bloque, le reste aussi : œsophage, abdomen, intestins. Vous savez pertinemment ce que cela peut donner des intestins figés, n’est-ce pas?

Oignons

Et ne vous méprenez pas. Même si votre émotion finit par s’évanouir, sans une larme versée, le choc physiologique ne s’effacera pas comme ça. Je ne dis pas que la seule manière de faire bouger son diaphragme est de pleurer. Je dis qu’il faut le faire bouger en permanence : respiration profonde et méditation, rires, chant, sport, mais aussi par les pleurs quand ils se présentent. Pleurer, c’est se garantir une bonne hygiène de santé. Et comme on ne peut pas éviter les émotions…

De plus, pleurer possède cet effet symbolique de libérer une image tenace. Avec vos larmes, les idées négatives, le trop plein de sentiments, le manque de clairvoyance s’en vont. Ça ramène à l’enfant? Et alors? Quel mal y aurait-il à se libérer d’un mal-être, de manière enfantine, si ça peut vous aider? N’avez-vous jamais ressenti de l’apaisement au fur et à mesure, que vos larmes coulent? D’abord parce que ces sursauts vont donner à respirer plus fort et plus lentement :  cohérence cardiaque naturelle. Puis, il y a comme une fatigue, qui s’installe et qui vous apaise. C’est le lâcher-prise.

Nous sommes d’accord pour dire que s’ils reviennent trop souvent, à propos d’un sujet précis, cela indique qu’il y a un problème à régler. Et justement, remerciez notre organisme de vous mettre sur la voie de la recherche de la quiétude. Finalement, ce n’est plus tant l’expression de l’émotion et donc des pleurs qui posent question, mais le sujet auquel ils se rattachent.

Oignons

Je vais conclure sur ce point précis qui vise à juger les personnes qui pleurent comme des faibles. Une personne qui pleure, est en contact avec ses propres émotions.

Elle a le courage de les vivre.

Elle a le mérite de ne pas s’ignorer et finalement de se confronter à la vie. N’écoutez plus ceux qui jugent les larmes. Rassurez-vous. Il vaut mieux une bonne crise de larmes inoffensives qu’asséner des coups dans une porte. Il vaut mieux céder parce que cela vous dépasse plutôt que d’emmagasiner des sursauts émotionnels qui ressortiront de manière hirsute un jour : violence, dépression, burn-out, maladies graves. Il vaut mieux avoir le courage d’affronter ces émotions et tenter de les dépasser, plutôt que d’en faire fi ou en avoir la trouille.

En somme, on met les mains dans le cambouis et on y va bien comme il faut.

Pas peur de se salir, pas peur d’être et de VIVRE. Je salue, aujourd’hui, tous ceux qui pleurent de tout : rage, colère, rire. Ceux qui pleurent devant un film, un clochard errant, un cadeau inespéré, un animal torturé, la manifestation de l’amour, une brûlure, un oisillon qui perce sa coquille. Ceux qui pleurent avec l’autre. Faire preuve d’empathie envers soi-même, puis l’autre, c’est un incontournable de la bienveillance. Je ne saurai vous dire de pleurer et ne pas en avoir honte quand cela se présente.

Je suis une vraie pleureuse, mais je suis robuste, responsable et fiable. Je ne renonce que rarement, je me mesure à la vie, je la défie, je m’y frotte, elle me pique souvent. Mais au moins, je lui donne du sens. Faites s’en de même.

 N’ayez pas peur de vous. Vous êtes votre moteur le plus fiable.

« Une personne forte n’est pas celle qui ne pleure jamais. Une personne forte est celle qui peut fondre en larmes par moments pour ensuite reprendre les armes et continuer de se battre »

Pierre Brunet

Bien à vous.

Nini

PS: Excusez-moi pour l’illustration de ce billet, mais le coup des oignons, qui font pleurer, j’ai trouvé ça tellement…….imagé! 😉

Oignons

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