Hygiène de vie

Entretenir les silences

29 février 2016

 

Il faut que je vous raconte un truc très personnel.

Je ne sais même pas si ça peut s’avouer, ici, en fait.

JE ME DROGUE

Sans cesse.

Je me shoote. Quotidiennement.

Je suis une camée du silence.

Je vais vous raconter une histoire, parce qu’il faut que je vous fasse comprendre.

PURÉE, CE QUE C’EST BON

Je dois vous convaincre d’en prendre aussi.

Un jour ensoleillé de décembre, je fête un anniversaire.

La journée doit être marquée par le partage, l’amitié, les rires, et l’effervescence.

Cet évènement est attendu et dévolu à une sorte de légèreté espérée.

Le lieu de rassemblement est révélé peu avant la date, et je ne fais pas nécessairement gaffe.

« Rendez-vous chez mon pote, à telle adresse »

Comme toujours, pour ce genre d’évènements, je m’équipe de mon appareil photo. Pour capter la joie.

On se donne rendez-vous, pour convoyer jusqu’au lieu-dit.

On se perd, on se sème les uns et les autres, on cherche pour se garer.

On arrive sur place, et je prends conscience que nous allons passer du temps, dans un centre équin.

On longe les boxs par l’extérieur.

Je suis comme une gamine.

Je ne suis pas cavalière, mais j’ai un rapport révérencieux à cet animal, que je trouve formidable. Une sorte de fascination.

Notre fête a lieu dans l’appartement du propriétaire, installé derrière les écuries, sur le haut du bâtiment, au dessus du manège couvert.

Quand on ouvre la porte vitrée, l’ambiance commence déjà à prendre. Des rires, des blagues, une jolie table.

Ça fleure bon le relâchement. On va passer un moment super.

Mais … je suis en manque

Le contexte professionnel dans lequel j’évolue à ce moment-là est pesant. Je sors sur la terrasse. J’ai du mal à respirer.

Au devant, deux grands prés. Des chevaux en liberté, qui flânent ça et là.

Broutant. Se chicanant. Peut-être, ils se racontent des blagues…

Je rentre à nouveau.

De la chaleur, du bruit, de la musique. Une accolade.

Deuxième crise

Il me faut un shoot. Mais comment faire?

Je sors à nouveau, accompagnée. Discussion sympa, soleil précieux, digne d’un printemps.

Mais j’arrive pas à me défaire de ce dont j’ai besoin.

Là, maintenant. Il me faut une dose.

J’attrape mon appareil-photo, et abandonne sciemment mon portable à l’étage.

JE ME TIRE SANS RIEN DIRE

Je descends les marches.

Je suis à l’écurie.

Pas de bruits

Personne

Sauf … des naseaux, qui s’ébrouent.

Il ne fait pas très chaud. Mais tout est hyper figé et l’atmosphère stable. Pas de vent. Même la poussière au sol ne bouge pas. Le soleil perce par endroit. Ambiance orangée.

Je pénètre dans l’allée. Elle est très longue et j’ai la sensation qu’il y a des centaines de boxs en enfilade.

J’ai déjà oublié ce qui se passe en haut

Je prends une première respiration profonde.

Trop génial. Du pur kif.

Je sens que mes tensions se posent. Mes épaules se relâchent.

Un grand cheval alezan se dresse à l’entrée de l’allée.

Je monte le viseur vers mes yeux. Il se recule un peu et soulève haut la tête. Je le sens se raidir et regarder mon objectif avec une belle inquiétude. Son œil roule un peu, ses naseaux se retroussent.

C’est quoi ce truc?

Je comprends rapidement. Il va falloir que tu te fondes dans la masse, ma fille.

Je décide de ralentir tous mes mouvements. Tranquillement.

Pas de mots.

Pas de bruits.

Je le regarde. Je veux le prendre en photo. Il est si beau, et si puissant.

J’arme mon appareil et le bip de la mise au point résonne dans le bâtiment.

Raté pour une discrétion voulue.

Ce bruit est immonde au beau milieu de ce calme immense.

Plusieurs congénères se redressent et passent la tête par dessus les portes de bois.

Il va falloir vraiment se reprendre afin de devenir le silence à moi-seule.

C’est ce que je cherche de toute façon.

La tranquillité, la sérénité, le calme

Le silence

Je neutralise la mise au point.

Je m’avance doucement, tout doucement. Jusqu’au fond du bâtiment. De part et d’autre, des chevaux me regardent. Me sentent passer.

Gestes, pas, respiration deviennent muets.

Je prends une claque de bien-être.

Une de mes occupations favorites est de trouver le silence.

Me baigner dedans, me lover dans sa lourdeur.

Je cherche sa contention. Celle, qui va me faire céder et détendre mes muscles, et notamment ceux de mon esprit fertile.

Chaque jour ne peut exister sans un long moment de silence étudié et provoqué.

Il me faut cette dose quotidiennement. Ce kif essentiel à mon équilibre. Celui, qui m’extrait de la vie extérieure.

J’aime l’introversion.

Je la pratique quotidiennement et elle accompagne ma méditation. Depuis que j’ai découvert ce summum de relaxation, j’en use et j’en abuse tout le temps.

J’aimerai vraiment que vous puissiez vivre ces moments de plénitude absolue.

J’ai besoin de poser ma respiration, de calmer mes idées et de me retrouver seule avec moi-même.

Je prends donc un pied incroyable à devenir le silence

A m’incarner en fantôme, dans une espèce d’errance déliée.

Essayer de ne pas leur faire peur, les laisser évoluer doucement, ne générer aucune tension chez l’animal.

Le laisser venir.

Écouter son souffle. Comprendre tout ce qu’il est.

Chacun vient à moi, deux jeunes poulains se lèvent et quittent leur maman pour me humer. Le menton en l’air. Je ne les photographie pas.

Ils me tendent la tête.

Oui, je ne me leurre pas, ce sont des chevaux habitués à l’homme. Mais j’ai la sensation d’une connexion privilégiée magique.

Lentement, j’avance dans ce rêve incroyable. Je crois même atteindre un état de flow, tellement je vis ce moment intensément.

Je suis dans la pleine conscience de ce moment de quiétude. Je vous dis pas la dose d’énergie que je me prends.

C’est une énergie que je connais et que j’aime.

Ce que je cherche à vous exprimer dans cette expérience, somme toute humble, c’est la nécessité de provoquer et d’entretenir les moindres moments de silence.

Je sais. Vous allez me dire qu’ils vous font flipper.

La plupart du temps, c’est LA réaction que vous avez en entendant parler.

Le silence vous fait peur

Cependant avez-vous d’abord réalisé à quel point le silence absolu, ou quasi absolu est devenu rare?

Il existe une belle ambiguïté à ce sujet.

Nous sommes tous d’accord pour dire que notre attention est difficile à mettre en place, tant les incitations sont nombreuses. Tout ce qui est de l’ordre du bruit est source de contrariété. La télévision, la radio, les débats et conversations, les crissements du train, du métro, les klaxons des voitures, le tambour des gosses, la cloche à l’école, les publicités à la gare, l’alarme du tractopelle, le radar de recul de la bagnole.

Des bruits, qui tapent sur les nerfs.

Un sondage de l’IFOP, réalisé à la demande du Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, en septembre 2014, affiche un chiffre record de 82% de français préoccupés par le bruit.

C’est donc la première source de nuisance avérée par la population : une vraie pollution.

C’est stressant pour tous, car cette stimulation perpétuelle entraine une problème de concentration au travail, en études, ou tout simplement en pleine réflexion passive.

L’exemple assez simple du téléphone, qui sonne, quand vous tentez de vous concentrer sur les devoirs de math des enfants.

Ou tout simplement le voisin, qui décide de percer les murs, juste le jour où vous avez grand besoin de cette sieste attendue depuis une semaine.

Vous êtes sollicités perpétuellement que vous le vouliez ou pas.

Mais c’est pas vrai!!!!!!!!!

Et c’est bien normal.

Alors évidemment, lorsque la situation inverse se présente. Il semble que la vie vous quitte.

On est habitué au bruit.

A la limite, on n’a pas besoin de penser, le bruit le fait à notre place.

Télé ou radio.

Tiens, on parle de la pluie, et des infos, à la radio? Bon, ben ça sera météo et actualités alors.

De facto, on s’oublie.

Les enfants crient. Ils se chamaillent. Votre mission, si vous l’acceptez : faire que cela cesse. Ok, pas de souci.

Alors évidemment quand la silence se présente et que les sollicitations cessent. La stimulation s’arrête.

Tiens, le voisin ne tond plus la pelouse? Ahhhhh, ça fait du bien quand ça s’arrête, heeeinnnnn…

Ouais et en même temps, ça fait un peu trop longtemps, là. Il est mort? Vooiiissiiinnn?…

Merde, je suis seule avec moi-même

Et voilà, que vous allez vous rencontrer.

Je vous encourage à ne pas avoir peur.

Le silence va être propice à des gains personnels inestimables.

Celui d’un apaisement immédiat, départ de la relaxation. Si le voisin est en train de tondre, fermez la fenêtre, puis les yeux.

La première volonté est de ne pas ouvrir la bouche. Même pas chanter, même pas parler au téléphone.

SEUL

SANS UN MOT

Savez-vous que lorsque vous parlez, vous provoquez des ruptures du souffle? Dans la pratique du yoga, on dit que le souffle, c’est la vie. Si vous arrêtez de parler, vous entretenez la vie et vous cessez de l’entrecouper.

Cessez avec cette croyance qui vise à penser que le silence, c’est la mort.

Au contraire, le silence, c’est la vie. Il parait même que les silencieux vivraient plus longtemps.

« Celui qui parle sème et celui, qui écoute récolte ». Pythagore.

L’avantage de ce silence aura la vertu de vous connecter d’abord au monde.

Reprenez mon histoire. Cette expérience révèle à elle seule la façon, dont je me suis connectée avec ceux(ce) qui m’entouraient.

J’étais en présence de chevaux. Ils ne me connaissaient pas. Je voulais trouver le silence. Je suis allée les contempler. J’ai souhaité les laisser me dire ce qu’ils voulaient. J’aurai pu minauder, les héler, les appeler par des noms mignons, tendre le bras pour les caresser. J’ai pris le parti de ne rien dire. De me faire oublier.

J’ai laissé faire et j’ai découvert. J’ai regardé ce poulain au sol, qui n’a pas senti ma présence. Je l’ai vu se frotter à sa mère et poser sa tête sur la cuisse chaude de cette dernière. Le bonheur de le voir rassuré.

J’ai entendu un autre mordre le crin de son voisin. Le clac de la dent sur le cuir de la fesse. Le recul que le suivant a pris. Le bruit du hennissement dans l’air.

Petit à petit, ils m’ont sentis, m’ont reniflés. Certains m’ont dévisagés pendant de longues minutes. Et finalement, à force de quiétude, ils se sont approchés. Ils ont cherché mon contact.

Je n’ai pas eu à réclamer. Ils sont venus. Ils sont venus rencontrer une personne, qu’ils ne connaissaient pas. Je les ai touché, quand ils ont été prêts. Mais je n’ai rien dit pour autant.

Tout ceci a été possible, parce que j’ai décidé de me taire et de me relier à ce qui m’entourait.

J’adore me taire, c’est un fait.

Le silence est un exercice que je pratique depuis un moment. Et je n’ai pas peur de moi.

Au contraire, je suis bien avec moi. Je suis en accord avec ce que je suis.

J’aimerai beaucoup que vous soyez bien avec vous-même.

Admettez-le.

Qui peut-être le plus proche et le plus en phase avec vous-même?

Ben, c’est vous.

Si vous n’êtes pas d’accord avec ce que vous êtes, c’est le moment pour y réfléchir.

Le silence, outre l’ouverture à la conscience, au monde et à l’espace, permet une vraie connexion à soi-même.

C’est de là que naît cette crainte du silence.

Vous avez peur de vous et de vos réactions.

Vous ne vous aimez pas pour certains, et c’est dur d’être avec soi-même.

Et pourtant, savez-vous que les décisions les plus raisonnées sont justement prises dans le silence?

Comme il y a une connexion au monde, il y a une connexion à ces sensations et à ces propres besoins.

Je suis navrée de dire que ceux, qui ne supportent pas le silence, sont ceux, qui sont remplis de doutes et ont peur d’eux-mêmes.

Mais, c’est justement dans le silence, que vous apprendrez à vous connaître, à ne pas subir d’influence et à décider en conscience de ce que vous voulez être.

Une connexion au monde, une connexion à soi

Nous sommes dans de l’écoute active. Nous sommes dans la construction de soi.

Un développement positif

Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut aller faire des virées dans des écuries, et si possible quand aucun cavalier n’est présent.

Bien que!

Je ne pense pas que le silence nécessite un réel décorum, ni une salle de méditation, ou un isoloire.

Le silence, c’est une volonté.

Coupez-moi cette télévision, qui occupe le terrain pour combler des vides que vous ne voulez pas considérer. On y apprendra jamais ce que l’on veut savoir.

Chaque jour, ma solution à moi, c’est de ne pas allumer la radio dans la voiture. Je me plais à me trouver dans cet habitacle, et me dire que les klaxons et les moteurs restent dehors.

Hors de la voiture, il y a le bruit, dedans je suis bien.

Il y a des nuisances extérieures, auxquelles on peut difficilement clouer le bec. Mais dedans, je décide de ne pas en ajouter.

Il y a des multitudes de façon de trouver le silence.

Se lever 30 minutes plus tôt que les autres et déjeuner sans bruit.

Ou rentrer plus tôt.

Fermer la porte de la pièce où vous vous trouvez. Tout simplement.

Demander le aussi : « J’ai besoin d’un moment de calme. » Et isolez-vous.

Il n’y a pas besoin de passer des heures dans l’introversion. Même si j’ai passé plus d’une heure, toute seule, avec mes chevaux. Je suis allée les voir au pré, ensuite.

Si déjà, vous pouviez vous habituez à trouver quelques minutes chaque jour.

Prenez cela comme un jeu, au début.

3 min, 5 min, 10 min de répit

Vous verrez que vous y gagnerez en sérénité. Pis, vous finirez drogués comme moi.

Racontez-moi quelles sont vos solutions pour vous mettre au silence. Si vous le faites souvent, ou si vous regrettez de ne pas le faire assez. Est-ce que le silence vous impressionne?

Ce petit bonheur vous a plu?

Si vous souhaitez recevoir tous les prochains petits bonheurs à venir pour l’année 2016, je vous invite chaleureusement à vous abonner à la newsletter. Dans la sidebar à droite.

Bien à vous tous.

Nini

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8 Commentaires

  • Répondre Dom 29 février 2016 à 2:50
    Seule sur mes skis, juste le très léger crissement de la neige sous mes skis, c’est ébouriffant de plaisir de me retrouver seule dans la neige, même pour quelques minutes, quelques secondes.
    Nager en regardant le ciel, seule, calmement, en silence, aaaaaaaaaaaaahhhhh…
    etc. etc
  • Répondre manini26 29 février 2016 à 3:52
    : Alors vous êtes une droguée comme moi! 😉
    • Répondre dom 29 février 2016 à 4:20
      Yes !!!
  • Répondre RIONMAË 29 février 2016 à 4:05
    ♥ ♥ ♥ ♥
  • Répondre manini26 29 février 2016 à 4:12
    : J’espère que tu vas bien, Petit Oiseau. <3. Delph
  • Répondre babouche 1 mars 2016 à 7:19
    Un petit bonheur que je m’accorde chaque matin, dans la voiture, en balade, sous la douche. Parfois même en etant entouré de monde, ‘arrive à me déconnecter
  • Répondre Stéphanie 1 mars 2016 à 6:30
    Merci beaucoup pour ce partage très précieux! Je trouve que tu décris très bien ce que l’on peut trouver de précieux dans ces moments de silence qui m’apportent également bien-être et sérénité.
    Je trouve que tes photos traduisent magnifiquement bien la connexion très intense que tu as pu avoir avec ces animaux grâce au silence et à la pleine conscience du moment présent et partagé. C’est magnifique.
    ça m’a fait beaucoup de bien de te lire aujourd’hui.
  • Répondre manini26 2 mars 2016 à 2:29
    : Je suis ravie si tu as pris du bonheur à la lecture de ces lignes. Je te souhaite une très belle journée. Joie et sérénité. Bien à toi. Delphine
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